Un ouvrage de référence

Les mouvements amazighs sont sociopolitiques et utilisent la langue amazighe au quotidien.

Publié par les éditions Chihab International, l’ouvrage collectif Les mouvements amazighs en Afrique du Nord, a été réalisé sous la direction du sociologue Nacer Djabi. Cette étude a été réalisée par une équipe de onze chercheurs autochtones et multidisciplinaires, issus de cinq pays de l’Afrique du Nord, à savoir l’Algérie, le Maroc, la Tunisie, la Libye et l’Egypte.

L’ouvrage est le fruit de travaux de recherche réalisés dans le cadre d’une collaboration entre le Centre de recherche pour le développement international CRDI), établi à Ottawa, au Canada, et le Centre de recherche en économie appliquée du développement en Algérie (Cread).

Lors de la présentation de l’ouvrage en question, samedi dernier, au niveau de la librairie Chihab International, à Alger, le sociologue, Nacer Djabi, a indiqué que cette étude comparative s’est étalée sur une période de deux ans, avec une analyse d’échantillons recueillis sur neuf régions des cinq pays de l’Afrique.

Les régions étudiées au Maroc englobent le Rif au nord et le Moyen-Atlas. En Algérie, l’étude s’est étendue à la Kabylie, à Ghardaïa et l’extrême Sud, chez les Touareg. En Libye, le Nord-Ouest, dans la région de Nfoussa, et le Sud, chez les Touareg libyens. En Tunisie, l’étude a touché les villages de Gafsa et l’île de Djerba, et en Egypte, l’étude s’est limitée à l’oasis de Siwa.

L’orateur rappelle que l’équipe a essayé d’éviter les débats culturalistes, linguistiques, historiques ou encore identitaires. « Nous avons essayé, dit-il, de nous attaquer à des questions sociologiques, politiques, démographiques, d’élite et d’expression. Nous nous sommes penchés sur les bases sociales de ces mouvements et les formes d’expression de ces mouvements.

Les mouvements amazighs sont des mouvements sociopolitiques et surtout sociaux, qui utilisent la langue amazighe au quotidien. Nous avons aussi essayé de nous attaquer aux rapports qu’ont ces mouvements avec les Etats-nations, ainsi qu’à la question des élites.

Nous avons essayé, également, de comparer tous les cas à travers la géographie, la démographie, la sociologie, la place de la femme, le mariage ainsi que les défis. » Nacer Djabi estime que le but de ce livre est de faire connaître le mouvement amazigh en Afrique du Nord et d’éviter qu’il soit un thème exclusivement « des Occidentaux, des Américains et des Français. Nous avons des chercheurs et des universitaires qui peuvent s’attaquer à ce genre de thème ».

Prenant la parole, le contributeur de l’ouvrage et journaliste, Samir Larabi, a indiqué que l’étude portant sur l’Algérie a tenté de comprendre la genèse et l’évolution du mouvement amazigh social depuis les années 1940 jusqu’à aujourd’hui, et ce, en évoquant ses revendications sociales qui ont porté cette revendication amazighe et ses ramifications dans le mouvement politique de l’époque.

« C’était la clandestinité dans les années 60, 70 et 80 dans le mouvement estudiantin, féministe et le mouvement syndical. Il y a eu toute cette expression. C’est toute cette dynamique des années 70 et 80 qui a porté le mouvement », dit-il.

Pour Samir Larabi, l’université a été le centre de départ et de la construction politique : « L’université d’Alger a joué un rôle très important en étendant son mouvement dans plusieurs wilayas, dans l’Oranie, Tiaret, Djelfa, Béjaïa et Jijel, notamment à Alger, dans les quartiers populaires qui ont formé et porté ce mouvement populaire. »

Pour notre interlocuteur, l’équipe de chercheurs a essayé, à travers cette étude, de démontrer ou de déconstruire beaucoup de préjugés sur la question. « D’abord, la question amazighe n’est pas née de structures traditionnelles. Elle est née en dehors des structures traditionnelles. Ce qui fait que c’est un mouvement social moderne qui s’est étendu d’une manière extraordinaire.

L’émigration a joué, aussi, un rôle très important en termes financier, d’organisation et capital d’expérience », note-t-il. Samir Larabi est convaincu qu’on assiste actuellement à l’éclosion de nouvelles générations de militants qui revendiquent tamazigh, la généralisation de l’utilisation de la langue amazighe, la généralisation de son enseignement, de sa prise en charge réelle et effective avec de nouveaux outils qui échappent aux contrôles des structures traditionnelles.

Source : https://www.elwatan.com/edition/culture/un-ouvrage-de-reference-3-23-04-2019

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