Roman / Parution : Djamel Mati sort Yoko et les gens du Barzakh

Paru aux éditions Chihab le mois dernier, Yoko et les gens du Barzakh est le sixième roman de Djamel Mati, un auteur singulier qui déroule en toute tranquillité et depuis une vingtaine d’années une œuvre romanesque attachante et poignante par les thèmes qu’elle aborde.

Yoko, son dernier opus, est un texte de plus de 360 pages, tissant un récit lent, très lent parfois, et dramatique sur des thèmes conventionnels de l’humanité tels que l’amour, la douleur, le malheur, la quête de soi dans un monde de plus en plus déboussolé. Parmi eux, la harga, sujet effleuré par l’auteur pour mieux rendre son côté à la fois absurde et traumatique. L’histoire, comprend-on au fil du roman, est celle de Fatouma et Kamel, un vieux couple stérile, enfermé dans un appartement à Alger avec sa siamoise, Yoko, après la disparition en mer de Mariama, une jeune fille de couleur noire adoptée à l’âge de six mois. C’est en parallèle le récit de la voisine du couple, Makioussa, veuve d’Ibrahima Aya, un Malien avec lequel elle a eu une fille, née à Bamako, après qu’une voyante leur eut confié une « Jakuma », une chatte aux pouvoirs surnaturels ne devant sous aucun prétexte être séparée du futur bébé… La « Jakuma », c’est « Yoko », une siamoise ayant appartenu à l’auteur et qui est le seul « personnage réel de l’histoire », a-t-il indiqué avant-hier lors d’une rencontre-débat avec la presse. C’est largement à travers le regard perçant de cet animal que se découvrent les parcours de trois couples, d’algériens et maliens, confrontés à la « tragédie » qui se conjugue au pluriel et se déroule en douze chapitres, dont huit se déroulant durant les sept premiers jours de l’hiver 2006. Le lien qui les tient est la douleur qui mènera les personnages à des degrés divers à l’expérience de l’épreuve et du malheur, parfois à la limite de la folie, dans une sorte de purgatoire : le Barzakh, « un état psychologique qui devance l’ultime étape avant un accomplissement », est-il précisé dans le texte totalement imaginaire, bien que se basant sur des recherches et sur une réalité sociale qui donne une touche de « vécu » à l’histoire. « Yoko » est aussi une plongée dans la complexité de la condition humaine à traits composés et recomposés autour du thème de la résistance ou de la résilience, si l’on préfère, face au malheur, l’auteur nous déclarant à ce titre que « le projet d’écriture a été d’amener les personnages à la limite de la rupture. Mais ce qu’il y a de paradoxal, a-t-il souligné, dans la tragédie mise en scène est qu’elle se base sur l’amour et l’affect, tous les personnages s’aiment, Fatouma adore son mari Kamel, et inversement, Mariama est amoureuse de Juba et réciproquement, et Makioussa adorait Ibrahima et lui également ». « Avant tout, il a fallu déterminer les réactions de chaque personnage, par exemple Fatouma reste extravertie, essaye de continuer à vivre malgré la tragédie, alors que son mari, lui, rumine. Ce n’est qu’après qu’il a fallu déterminer un profil psychologique différent pour chacun », a expliqué Djamel Mati dans des échanges avec les journalistes venus l’écouter au siège de Chihab Editions, à Bab El Oued, au cours d’une séance de dédicace. « Ce que j’ai voulu à travers ce livre est d’essayer d’expliquer que l’amour peut être très triste, sans que cela n’altère sa fougue, l’amour peut se plier aux circonstances. C’est cela qui est important de comprendre. (…) Je raconte les histoires de chaque personnage, comment les couples se sont formés, mais cela appartient au passé, le présent leurs réserve un autre sort, une autre situation. » Quant au style d’écriture adopté par l’auteur, « il est forcément très différent » de celui de précédents textes décrits comme « plus légers », à l’image de On dirait le sud (2007 - édition Apic). Il apparaît cette fois-ci comme très riche en descriptions, utile à la mise en contexte, mais qui peux parfois nuire à la lecture. Lors du débat, Djamel Mati a annoncé qu’il avait deux autres manuscrits en préparation.

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