Rencontre avec Mohamed Issiakhem sur son parcours de militant nationaliste : « Mémoire d’un insoumis », du quartier de Belcourt aux réseaux internationaux d’approvisionnement en armes

Le moudjahid Mohamed Issiakhem, militant indépendantiste de la première heure, mais néanmoins resté très longtemps discret sur son action, était samedi dernier l’invité du centre culturel Lakhdar-Rabah de Belouizdad (Belcourt), pour partager avec les présents son parcours qu’il a retracé dans un ouvrage publié aux éditions Chihab intitulé « Mémoires d’un insoumis ». Un texte rédigé sous la forme d’un témoignage et dont la publication, en novembre dernier, a été rendue possible grâce à une collaboration avec l’historien Daho Djarbal également présent à cette rencontre. Mohamed Issiakhem, présenté à cette occasion comme « l’homme des missions difficiles », est revenu sur son parcours qui a débuté dès le début des années 1950 avec son refus « catégorique » de répondre à l’appel du service militaire de l’armée française. Un parcours « d’insoumis de militant atypique », dit-on. D’autant plus que Mohamed Issiakhem, alors totalement apolitique, issue d’une famille relativement aisée et lui-même héritier de l’entreprise de négoce de son père, fera le choix « seul » de se consacrer aux missions les plus dangereuses, en usant de toute son influence et de ses ressources pour la « cause ». Revenant sur certains aspects de son enfance, entre les quartiers de Belcourt et de la Casbah, le témoignage de Mohamed Issiakhem est une véritable plongée dans le contexte des années 1940 et 1950. Il explique en substance que « pour nous, Alger était divisée en deux. Belcourt, Soustara, la Casbah, c’était cela la capitale pour nous les Algériens (…) tout le reste était pour les colons français ». L’historien Daho Djarbal nous précise, pour sa part, à propos du parcours de Mohamed Issiakhem, un jeune d’une vingtaine d’années qui abandonnera une vie de « privilégié » pour l’action de terrain en vue d’une hypothétique indépendance. « Je pense que le fait d’être plongé dans ce quartier, d’avoir grandi avec ceux qui deviendront les cadres du PPA, puis du FLN, est pour beaucoup dans ce choix ». Il ajoute que « ces liens d’enfance expliquent également pourquoi les dirigeants nationalistes l’ont par la suite intégré parmi les cercles dirigeants de la révolution ». Daho Djerbal met également en exergue le fait que le moudjahid Mohamed Issiakhem est « un militant atypique, car il n’a appartenu à aucun parti, ni UDMA ni PPA-MTLD ». L’historien rappelle aussi que le fait de l’appartenance du militant nationaliste à une catégorie sociale au-dessus de la moyenne, « c’était un notable, commerçant propriétaire », « a priori, n’aurait pas dû le pousser à une rupture avec la France ». Pour expliquer cet élan patriotique, la discussion dévie presque naturellement sur la particularité du quartier de Belcourt dans l’histoire du mouvement nationaliste. Daho Djarbal rappelle, à ce titre, le célèbre discours de Messali Hadj au stade du Ruisseau, en soulignant qu’« en août 1936, le congrès musulman a appelé les Algériens à se rassembler au stade municipal, ici au Ruisseau et Messali Hadj, venu de France, puis, à pied, de la Casbah au Ruisseau, a tenu son célèbre discours du 2 août ». Poursuivant qu’« il avait dit que ce pays n’était pas à vendre, que ce n’est pas à un groupe réuni dans un cinéma qui décidera de notre avenir. Et ce qui est demandé est l’indépendance ». Une radicalisation du mouvement indépendantiste qui sera repris par la population et tout particulièrement les jeunes militants désabusés. « La population n’était pas forcément au courant de ce qui se passait dans la clandestinité. Mais, lors de ce discours, Messali Hadj apparaît physiquement. Les gens de Belcourt le voient, l’entendent et la foule le laisse parler ». L’historien affirme dans ce sillage que du point de vue du nationaliste indépendantiste la symbolique de ce quartier est centrale ». Quant à l’action militante de Mohamed Issiakhem, notamment marquée par l’approvisionnement en équipements des maquis de Kabylie, elle est largement détaillée dans son ouvrage publié aux éditions Chihab, enrichi par l’auteur d’un grand nombre de documents et de photographies d’époque. Elle sera notamment marquée par des missions dans plusieurs pays européens visant à nouer des contacts avec des trafiquants d’armes internationaux, notamment le célèbre Marcel Leopold, qui finira assassiné par les « services » de « la Main rouge » tel que le souligne le témoignage du militant indépendantiste. Mohamed Issiakhem, qui a ainsi travaillé à transférer en Algérie des cargaisons d’équipements, puis d’armes issues de le Seconde Guerre mondiale, connaîtra aussi plusieurs échecs, emprisonnements et tentatives d’assassinat, notamment après avoir été repéré à l’aéroport de Genève avec 60 kilogrammes d’explosif… un épisode que le moudjahid raconte, aujourd’hui, avec le sourire

Source : https://www.reporters.dz/rencontre-...

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