OUVRAGE COLLECTIF LES SIGNES DE LA RENAISSANCE ALGÉRIENNE

Editeur : CHIHAB

La nature violente et dichoto- mique de la société sous un régime colonial a été souli- gnée avec une vigoureuse clarté par Frantz Fanon dans son livre-testament « Les Damnés de la terre ». L’exclusion des rouages de la vie économique et sociale de la majori- té, dominée et méprisée, et la dépos- session culturelle n’ont pas empêché des liens de s’établir, des relations de se nouer entre les autochtones et des catégories de la population européen- ne. Sous le régime colonial et ses lois liberticides et injustes, des hommes se sont battus pour fissurer la citadelle et des lieux ont abrité ces complicités.

ELAN ÉMANCIPATEUR

Un groupe d’universitaires français et algériens ont réuni près d’une tren- taine de textes * qui se proposent de relire une séquence de l’histoire mar- quée par l’émergence d’idées nova- trices sous l’effet de l’accélération des événements à l’échelle régionale (guerre du Rif) ou internationale. Des noms connus comme Christiane Achour, Hassan Remaoun, Nadjet Khadda, Alice Cherki ou Omar Carlier illustrent cette affirmation identitaire, suivent sa progressive maturation et repèrent ses signes. Dans un texte panoramique sur l’émergence de la littérature algérienne d’expres- sion française, la première relève qu’« elle a véritablement contribué à la venue au monde du pays selon des modalités diverses » (p. 271). Elle évoque des « élans émancipateurs ». Nadjet Khadda revient sur les condi- tions de naissance de ces écrits et tous les débats et les interrogations qu’ils ont suscités. Denise Brahimi présente Taos Amrouche et son parcours probléma- tique. Le livre se clôt d’ailleurs par un texte sur le roman « Nedjma » dont Mireille Djaider évoque l’importance et la résonnance.

ESPACES DE RÊVES

Hormis la chanson et le théâtre dont on parle si peu dans l’ouvrage, des écrits sont consacrés au cinéma, au parcours d’un intellectuel au long cours (Lacheraf). Des catégories comme les postiers, les enseignants ou les avocats dévoilent ces espaces de rêves avortés. « Sans dépasser la polarité constitu- tive de la société coloniale en réamé- nageant les modalités et en y dévelop- pent tout un réseau secondaire de lignes de partage » (p. 12), notent les professeurs qui ont coordonné ce tra- vail collectif qui, font-ils remarquer, est celui de « chercheurs venus de plu- sieurs disciplines et représentatifs d’au moins trois générations ». L’affirmation nationale ne fut pas seulement d’ordre politique avec l’émergence au début du siècle de mouvements politiques de différentes natures qui contestaient l’ordre colonial. Il est toutefois diffici- le d’évoquer les événements et les lieux culturels comme le « nadi ettara- ki », le Cercle du progrès ressuscité par le petit-fils de son initiateur Cheïkh El Okbi sans se référer au contexte poli- tique. Les deux aspects sont insépa- rables. C’est d’ailleurs dans cet espace que s’est déroulée la conférence du 22 janvier 1956. Elle vit Albert Camus lancer son appel à la trêve civile et fut un moment où de bonnes volontés de part et d’autre firent jonction. La renaissance fut portée aussi par la création culturel- le, des catégories de lettrés comme les avocats, les médecins ou les journa- listes dont l’expérience de deux plumes du M’zab sont restituées. La fille de Messali décortique le journal éphémère « le Parlement » rédigé par des militants du PPA emprisonnés en 1939. Plusieurs figures qui ont marqué la mémoire du combat anticolonial comme Germaine Tillion, Serge Michel, Ferhat Abbas, l’abbé Jean Scotto traversent cet ouvrage touffu, riche d’analyses et d’informations.

R. Hammoudi / http://www.sudhorizons.dz/images/Ho...

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