Mémoires d’une combattante de l’ALN, Zone autonome d’Alger

Editeur : CHIHAB
Parution : 2013

En juin 2012, Samia Lakhdari, mon amie, ma sœur de combat, s’en est allée définitivement, comme elle a vécu : discrètement, sur la pointe des pieds. Je me suis rendue compte que j’enterrais dans les mêmes conditions une grande part, non seulement de moi-même, mais de nous-mêmes, génération née sous les ténèbres de l’occupation coloniale. J’eus l’impression d’enterrer aussi un pan fondamental de l’histoire de celles et ceux qui ont décidé de briser les chaînes cruellement oppressantes de la colonisation, payant de leur chair, de leur âme et de leur sang le tribut à la libération de notre peuple et à l’indépendance de notre pays. Je sais qu’il est de bon ton, aujourd’hui en 2013, de verser dans le révisionnisme, ne serait-ce qu’un soupçon, en adoptant une posture si appréciée par certains milieux français, qui consiste à regretter d’avoir déposé des bombes dans des lieux publics fréquentés par des civils européens. Posture à la faculté fondamentale d’occulter le problème central de la colonisation de peuplement et de faire passer les civils européens d’alors pour, au mieux des touristes de passage en Algérie et, au pire, des ayants droit “naturels” sur notre terre en lieu et place de ses enfants légitimes qu’étaient les indigènes. Mais je n’adopterai pas cette posture car j’ai horreur du mensonge et de son corollaire, le révisionnisme. Quels qu’ils soient et d’où qu’ils viennent. Je n’adopterai pas cette posture non plus car ni en 1956 ni en 1957 ni aujourd’hui ni jamais, nous n’avons regretté nos actes.

© CHIHAB / réalisation kdconcept / hébérgement kdhosting