La lumière et la vérité autour de la Gerboise bleue

L’éblouissant désert et l’immensité de sa mer de dunes plaisent au touriste en mal d’exotisme ! Il s’y plaît, le visiteur à la méditation sur la haute cime de monumentaux canyons et s’extasie aussi de l’image aux tons oscillants d’une félicité à l’autre ! Est-ce à dire qu’ici s’est figée l’image de l’humanité mais aussi celle du temps qui a suspendu son vol ? Apparemment oui ! Puisqu’à l’étendue qui s’étire aussi loin que peut porter le regard, s’ajoute également le mystère qu’offre l’horizon à fleur de ressac des dunes qu’a esquissées l’érosion édictée par le caprice de Dame Nature. Voilé du haïk de lumière, le désert n’est que l’élan de la brise matinale lorsqu’elle rafraîchit le bouquet d’oasis à l’aide d’une poignée de gouttelettes qu’elle emprunte aux séguias millénaires. Certes, qu’ici loge l’égalité d’âme qu’irrigue la pureté du sol et se repait de la quiétude qu’offre le silence de la méditation. Mais qu’advient-il du musée de l’art rupestre lorsqu’il est souillé par l’incivilité de l’homme ? A priori lorsque les forces du mal inoculèrent le fiel de la férocité à l’inoffensif rongeur de steppe qu’ils baptisèrent toute honte bue la “Gerboise bleue”, eu égard à la couleur plénipotentiaire de l’Hexagone colonial. “Et en cette fatidique aube du 13 février 1960, advint l’irréparable qui a assombri le ciel de Reggane de l’ignoble nuage de champignon nucléaire qui s’est élevé à 7h04. Et depuis, Reggane n’est plus qu’un champ de ruine où l’abomination venue de l’empire de Voltaire et d´Hugo a atteint 70 kilotonnes soit 4 fois la puissance de la bombe d’Hiroshima (Japon).” Donc, si la laideur de l’épouvante s’est fardée du voile prude et pudique de la France, en revanche l’horreur est contée dans toute sa monstruosité dans le roman intitulé “Sentiments irradiés” de Djamel Mati et publié à Chihab éditions (2018). Outre qu’il soit l’acte mémoriel d’un intellectuel penseur, “le roman se veut aussi une pieuse pensée pour les victimes d’une tragédie non soldée par l’occupant”, a dit l’auteur de Yoko et les gens de Barzakh. À ce propos, la citation : “Le désert du temps est pareil à celui des hommes, il se souviendra toujours de ses blessures, gravées sur les roches par les hommes bleus”, lit-on en prélude à l’ode contre l’oubli. Modérée par notre consœur Kernoug Saïda, de Chihab éditions, le lauréat du Grand Prix Assia Djebar 2016 a déclaré lors de l’après-midi littéraire qu’il a animé ce samedi 29 décembre au palais des Raïs : “L’histoire de la Gerboise bleue m’interpelle et exige aussi de l’historien à éclairer les zones d’ombre et les non-dits entretenus sciemment autour de la ‘Gerboise bleue’.” Ce n’est qu’à cette condition que l’histoire amènera l’occupant à reconnaître son crime. Un crime contre l’humanité. Donc, c’est l’histoire de Kamel, un enfant de La Casbah d’Alger et avocat des fidayîn qui s’est exilé à Reggane, loin des rafles de la rage policière de l’occupant. Seulement, son exil loin de la guérilla urbaine fut d’un court répit, puisqu’il est le témoin de la tragédie de Reggane où il a perdu sa femme et son enfant dont il n’a jamais fait son deuil. D’ailleurs, il parle de sa douleur dans les cercles éclairés de Paris où l’opinion publique se trouve “offusquée de tant d’atrocité”. N’est-ce pas là la magie de la romance ? Surtout lorsque la fiction se mêle à l’histoire. Et pour peu qu’il y ait une volonté pédagogique, il attendu que le roman Sentiments irradiés soit classé parmi les manuels scolaires, eu égard aux dates précises et des événements circonstanciels qu’il retrace. 

Louhal Nourreddines

source : https://www.liberte-algerie.com/cul...

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