L’amazighité, un facteur d’unité entre les peuples

Coordonné par le sociologue Nacer Djabi, cet ouvrage est né d’une convention entre le Centre de recherche en économie appliquée pour le développement et un centre de recherche canadien. L’étude, qui a duré deux ans, a touché cinq pays d’Afrique du Nord.

En parlant d’amazighité, des passions se manifestent et d’aucuns craignent qu’elle pourrait constituer “une menace à l’unité nationale”, quand cet argument n’est pas brandi pour des considérations idéologiques. Qu’y a-t-il de mieux qu’une étude universitaire, académique, donc scientifique, pour poser un regard serein sur cette question ? Coordonnée par le sociologue algérien Nacer Djabi, objet d’une convention de recherche entre le Centre de recherche en économie appliquée pour le développement (CREAD) et un centre de recherche canadien, le CRDI, l’étude a duré deux ans et a touché cinq pays d’Afrique du Nord. Elle a été menée par neuf chercheurs, anthropologues, économistes, sociologues, politologues égyptiens, libyens, algériens, marocains et tunisiens. “On a mené l’étude sur trois niveaux : les formes de représentation des mouvements amazighophones, les élites qui les conduisent et les défis qui se posent à ces mouvements dans les cinq pays qui vivent des situations différentes, mais qui ont un point commun, l’appartenance à l’ère culturelle amazighophone et surtout à la revendication amazighophone qui est restée depuis des siècles”. Pour Nacer Djabi, “l’étude ne s’est pas appuyée sur une hypothèse ethnique, mais sur les ingrédients communs aux peuples d’Afrique du Nord, à savoir la langue, la culture, l’identité et l’histoire commune, ainsi que le sentiment d’appartenance à une même sphère géographique. Même les populations non berbérophones y ont été incluses dès lors que l’amazighité est une question fondamentalement sociologique. On s’est intéressé surtout à des questions démographiques pour savoir la nature et les spécificités de la famille amazighophone, le rôle de la femme, des jeunes… On a examiné les aspects économiques et d’intégration au niveau local, national et régional ainsi que les élites internes et le côté institutionnel dont les partis politiques”. Le travail, académique et concentré sur les trois niveaux indiqués, s’est basé sur les enquêtes menées dans le Rif et le Moyen-Atlas au Maroc, la Kabylie, le M’zab et chez les Touareg en Algérie, Djerba et les zones amazighophones de Tunisie, Djebel Neffoussa et les Touareg de Libye et enfin l’oasis de Siwa en Égypte. “On a axé les recherches sur des entretiens avec les acteurs du terrain, le mouvement associatif, les partis politiques, les femmes et les jeunes pour voir comment ils pensent et voient les choses. On a traité surtout les aspects sociopolitiques, démographiques et économiques, plutôt que les aspects culturalistes” précisera le coordinateur de l’étude dont les conclusions sont d’une clarté imparable : “L’amazighité, en tant que langue et identité, est un facteur d’unité nationale et d’homogénéité pour les peuples du Maghreb. Elle constitue un élément fédérateur des composantes des peuples de la région”. Il est vrai que conditionnés par de longues années de pensée unique et d’unanimisme de façade autour de l’idéologie panarabique, les esprits ont du mal à évoluer, en témoigne cette interdiction d’une conférence de Nacer Djabi à l’université de Batna autour de ce livre en janvier 2019, à l’occasion de Yennayer. Mais, l’intelligence des Algériens et des autres peuples d’Afrique du Nord finira par imposer l’évidence : l’arabophone et l’amazighophone s’épanouiront, d’abord dans chaque pays, dans la fraternité et le respect mutuel de leur diversité culturelle et linguistique. Ces deux composantes assumées à égalité, ajoutées à l’islamité, garantiront la construction d’une Afrique du Nord –ou Grand Maghreb- fédéré autour des valeurs de démocratie, de liberté et de fraternité.

ALI BEDRICI

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