L’HONNEUR DU TRIBUT

C’est connu : les grandes œuvres sont rarement tributaires de la vie de leurs auteurs. Ceux de Rachid Mimouni en sont pour le cas de littérature algérienne, un exemple parmi d’autres. Rares sont, aujourd’hui comme hier, ceux qui s’y opposent, fussent-ils ses pires contempteurs. Et Dieu sait que, de son vivant, ils étaient nombreux à lui en tenir une farouche dent. Quoi qu’il en soit, vingt-deux ans après sa disparition, l’auteur de « Tombéza » plastronne, très haut, sur le « panthéon » des lettres algériennes, aux côtés des Yacine, Dib, Feraoun, Djebar, Benhadouga..., tous des « immortels ». Une place de choix portée par une importante bibliographie — dont des chefs-d’œuvre — célébrée dans le monde. A l’inverse, de certains écrivains bien de chez nous, propulsés dans l’autre rive au prix fort de moult compromissions, l’enfant digne de Boudouaou n’a pas cédé aux chants des sirènes. Ni plié devant l’appât médiatique et autres dividendes qui font saliver, aujourd’hui, quelques auteurs en rupture de ban avec leur société, voire leur culture identitaire. De notoriété planétaire, il avait pourtant choisi de rester auprès des siens, dans les pires années du terrorisme islamiste. Cela allait d’une crédibilité qu’il a chèrement acquise auprès de l’opinion publique. Son exil au Maroc n’est intervenu que tardivement, une fois son intégrité physique mise en danger. Mais c’était compter sans la détermination de ce romancier qui a fait de la lutte contre l’intégrisme et l’autoritarisme le credo de sa prose. Dans son essai « De la barbarie en général et de l’intégrisme en particulier », il fustige vigoureusement le projet extrémiste dont on mesure, aujourd’hui, l’étendue du drame, que ce soit en Libye, en Syrie, au Mali... Son combat le plus acharné fut aussi livré aux forces régressives dont le pays a pâti deux décennies durant à bien des niveaux. Esprit libre, prônant la modernité, Rachid Mimouni a donné aux lettres algériennes une nouvelle dimension : celle d’une littérature foncièrement dénonciatrice, mais ô combien nationale.

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