Hommage aux « aâziriat »

Nassira Belloula, qui en est à son quinzième livre, invite, cette fois-ci, les lecteurs à découvrir des histoires croisées de femmes. En effet, à travers cinq générations, la nouvelliste et journaliste dresse le portrait de six femmes courageuses. Ce roman de 192 pages est, en fait, un hommage rendu à la femme algérienne en général et à la femme des Aurès en particulier. L’auteure a mis quatre années pour mener à bien ce projet d’écriture.

Un projet qui oscille entre une part de fiction et une part de faits historiques. Si les personnages campés découlent de la fiction, il n’en demeure pas moins que les faits et les lieux ont réellement existé dans un temps passé.Qui mieux que cette native de Batna qu’est Nassira Belloula pour revenir sur le parcours de ces femmes qui ont l’ont vue naître et grandir ? L’accent est mis dans ce roman, bien ficelé, sur ces six femmes, dénommées aâziriat (les courtisanes).

Les aâziriat, ce sont ces femmes qui ont choisi de rester célibataires, après leur premier mariage. Elles ont ainsi décidé de mener une vie de courtisanes au vu et au su de tout le monde. Lors de la présentation de son ouvrage, dernièrement, à la librairie Chihab International, Nassira Belloula a tenu à préciser qu’en se basant sur des recherches, elle est arrivée à la conclusion que les dernières aâziriat ont disparu avec la guerre d’Algérie.

A travers six chapitres, le destin de six femmes est tissé. Procédant d’une façon chronologique, l’auteure nous présente six personnages différents, mais unis par cette même appartenance à la courtisanerie. La narratrice remonte loin dans le temps, puisqu’elle a étrenné sa liste de prénoms féminin par Zwina. En fait, un véritable arbre généalogique est proposé. Zwina est violée, en 1847, par un voisin, au village de Nara, dans les Aurès, alors qu’elle a tout juste douze ans. Son frère la venge en égorgeant le criminel.

Il impose à sa petite sœur de regarder Meddough, alors qu’il lui tranchait la gorge. Zwina ira vivre chez l’une de ses tantes, Zana, elle-même courtisane très réputée dans le village et dans ses alentours. Après quatre mariages ratés, la tante opte pour vivre en aâzria.Elle prit une maisonnette à l’écart de la famille pour un certain temps puis préféra aller vivre plus haut, à Menâa, plus tolérante et plus bienveillante, où les jeunes femmes veuves ou divorcées avaient le statut particulier de femmes libres. Elles recevaient qui elles voulaient, quand elles voulaient, voyaient seules, fréquentaient les hommes et les cafés, sans être inquiétées, injuriées ou écartées de la vie sociale.

Lorsque l’une de ces femmes s’était constituée une belle dot, elle se mariait et fondait une famille. D’autres destins de femmes portant les prénoms de Tasfust, Yélli, Tadla, Aldjia et Nara sont égrenées tels un chapelet sur une période allant de 1847 à 1955. En somme, à travers Terre de femmes, la journaliste et auteure Nassira Belloula a su ingénieusement mêler de petites histoires à l’histoire coloniale de l’Algérie.

Nassira Belloula- Terres des femmes.

192 pages. Editions Chihab International. Décembre 2014. Prix public :650,00 DA

© CHIHAB / réalisation kdconcept / hébérgement kdhosting