Éditions Chihab : Mère des Cités, un sacré polar

Dans Mère des Cités, dernier roman de Mustapha Bouchareb, l’auteur met au jour l’atrocité de l’humain, nourrie par des conflits personnels ou claniques à travers un polar particulier par la sacralité des lieux où il se déroule, La Mecque.

Paru aux éditions Chihab, ce quatrième roman de l’auteur, qui propose un premier polar, relate en 327 pages l’histoire de Nezli, jeune femme d’origine indienne à la beauté éclatante et dernière épouse du riche entrepreneur Cheikh Torky Wasdary, retrouvée morte par des éboueurs dans une décharge publique de la Mecque.

L’auteur relate en détail l’enlèvement de Nezli dans l’aéroport de Djeddah alors qu’elle s’apprêtait à rendre visite à sa famille, en Inde. Lors de sa séquestration, la jeune femme a subi les pires sévices, droguée et violée pendant plusieurs jours elle finira par rendre l’âme après plusieurs tentatives d’évasion et de violentes altercations. L’enquête policière, minutieusement menée par Safoug, commence par soupçonner Saquer, fils de cheikh Torky Wasdary, qui aurait assassiné la dernière épouse de son vieux père pour préserver son héritage.

La police du royaume ne tarde pas à démasquer l’auteur de ce crime abject qui se révèle être moins important, aux yeux de l’auteur, que l’exploration des motifs possibles ayant motivé ce dernier. Ecrit à la troisième personne du singulier, le roman est servi par une écriture descriptive agréable à lire qui dépeint le malheur et les souffrances de Nezli, une beauté indienne dont le sort a été scellé par le consentement de son père qui l’offrait à un riche inconnu. L’auteur a agrémenté son récit de dialogues concis qui ont servi à déterminer la nature des rapports entre les différents personnages du roman.

Mariages forcés, la polygamie, les conflits, les conditions des travailleurs immigrés

Mère des cités exhume des sujets complexes et tabous dans la société mecquoise comme les mariages forcés, la polygamie, les conflits d’héritage et les conditions de vie dures des travailleurs immigrés, dénoncés dans ce roman, mais aussi dans la précédente publication de l’auteur, Fatwa. Mustapha Bouchareb, promène également son lecteur à travers les rues de la ville sainte encombrées de pèlerins, ses souks grouillants, ses vendeurs à la sauvette et ses tours de verre formant un contraste élégant avec ses maisons antiques décrépies.

Auteur de trois autres romans dont Fièvre d’été (1990) et Fatwa, couronné en 2016 du prix littéraire Mohammed Dib, Mustapha Bouchareb a enseigné l’anglais dans une université de Riyadh, en Arabie Saoudite. Il a également publié des recueils de nouvelles en français et en anglais dont Ombres dans le désordre de la nuit (1991) et The Sea Yonder, une réécriture complète d’une dizaine de ses nouvelles publiée en Inde.

Source : https://www.elwatan.com/edition/culture/editions-chihab-mere-des-cites-un-sacre-polar-23-05-2020

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