« De Constantinople à El Djazaïr » de Mustapha Hassen-Bey, aux éditions Chihab : Retour sur l’histoire des traditions populaires de l’Empire ottoman

Nouvelle publication axée sur l’histoire du pays, et plus précisément sur l’impact de la période ottomane sur la vie culturelle algérienne, « De Constantinople à El Djazaïr.

L’héritage turc », un essai de près de deux cents pages de Mustapha Hassen-Bey, publié aux éditions Chihab, nous a été présenté lors du dernier Salon international du livre d’Alger (Sila), à l’occasion d’une vente-dédicace de l’auteur qui a attiré un public relativement nombreux.

Mustapha Hassen-Bey a confié que la rédaction de cet ouvrage a nécessité près de six ans de travaux de recherches, soulignant « le difficile travail de récolte des rares sources historiques décrivant le quotidien de l’époque ». L’auteur nous a ainsi précisé que « l’écriture ne fut pas facile, le plus dur aura été de trouver des sources historiques que l’on puisse identifier et vérifier ». Le résultat prend la forme d’un travail de compilation de différentes sources, en essayant à chaque fois « de vérifier l’authenticité du document et des récits qui y sont contenus ». L’auteur, diplômé en sociologie et sciences économiques de l’Institut des sciences économiques et commerciales de Paris, ajoute qu’il a voulu donner une vision plus objective de l’époque ottomane et que la majorité des récits nécessitent d’être remis dans leur contexte. « Je n’ai pas trouvé énormément de textes écrits par des Algériens durant le période turque. La majorité des sources sont issues d’historiens, de chroniqueurs, diplomates, militaires ou voyageurs occidentaux. Mais leur version n’est pas toujours objective, souvent très critique en ne mettant en avant que des aspects tels que la piraterie, l’esclavage. Le constat est que ces écrits contiennent, en fait, beaucoup de mensonges ».
A propos de cet ouvrage au concept assez unique en son genre, abordant des aspects de la vie quotidienne des Algériens durant la présence ottomane, contrairement à la majorité des travaux sur cette période, qui se limitent généralement à des questions politiques ou militaires, l’auteur nous explique que son texte revêt également un aspect personnel. Il confie à ce sujet que « cet ouvrage est aussi une promesse envers mon père, qui était un amoureux d’histoire et de cette période turque, en particulier. Il était très âgé et n’avait plus le temps d’écrire, c’est pour cela qu’il m’avait fait prêter serment d’écrire sur la question de la présence turque, mais avec une nouvelle vision ».
La complexité de l’héritage ottoman en Algérie 
Mustapha Hassen-Bey ajoute également qu’il a voulu se démarquer d’une approche « traditionnelle » qui limiterait en substance la présence turque « au palais du Dey, à la mosquée Ketchaoua, ou encore les fontaines… ». Cette période, explique-t-il, « était beaucoup plus complexe. L’empire ottoman nous a légué énormément de choses, que ce soit dans le domaine urbanistique, bien sûr, mais aussi patronymique, artistique et culinaire notamment ». En ce sens, l’ouvrage aborde certains aspects relativement connus de l’héritage turc. « Les noms des familles algériennes sont en large partie issus de cette période ottomane, tout particulièrement dans les villes qui constituaient pour eux des places fortes. A l’image de Constantine, Tlemcen, Médéa ou Oran. Ces familles ont conservé leurs noms turcs et, à l’arrivée des Fançais, quand les registres d’état civil ont commencé à être établis, beaucoup d’Algériens ont donné le nom de leur métier en turc comme nouveau patronyme ». D’autres aspects du livre sont plus surprenants, notamment en ce qui concerne des coutumes et traditions vestimentaires encore très vivaces. A titre d’exemple, les caftans, aujourd’hui, très prisés des Algériennes, étaient originellement portés uniquement par les hommes. L’auteur nous expliquant, ainsi, à propos de cette « révolution algérienne » que « c’était la tenue des dignitaires que portaient uniquement de hauts fonctionnaires, les janissaires, les raïs ou les deys. Les femmes ne portaient pas ce genre d’habit à l’époque. C’est par la suite, seulement, après le départ des Turcs, que ce vêtement d’apparat a été repris par les Algériennes. D’abord par les épouses algériennes de dignitaires turcs rentrés au pays. Puis cette mode s’est généralisée ».

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