Cubaniya, dernier roman de Djaoudet Gassouma

Invitant le lecteur à une virée sur la ligne du tropique du Cancer, qui s’en va allégrement passer au sud de l’Algérie et au nord de Cuba, Cubaniya est le dernier roman de Djaoudet Gassouma, présenté samedi au palais des Raïs, Bastion 23.

À la fois journaliste, romancier plasticien et cinéaste, le conférencier s’est réjoui, de prime abord, de sa présence dans cette historique citadelle. « Le Bastion 23 est un endroit qui a toujours été ouvert sur ailleurs, il a accueilli des raïs, c’est une zone de prédilection et un endroit proche à mon esprit », a-t-il lancé. Paru tout récemment chez Chihab Éditions, Cubaniya a été écrit à la première personne du singulier, pour avoir plus d’empathie avec le lecteur. Pour ce titre, le romancier s’explique : « En Algérie, il y a une expression « jaw fi koubaniya » (ils sont venus en cubaniya), qui dénote la venue massive de beaucoup de personnes dans une bonne humeur et avec un timbre festif et joyeux. Ce mot est aussi l’esprit du débrouillard cubain qui s’est en sorti au moment de l’embargo imposé par les occidentaux », a-t-il expliqué. Fruit d’un voyage d’un mois à Cuba, Djaoudet Guessouma a flâné dans le pays du leader Maximo, partagé les joies et les peines de la population et aspiré l’âme de la ville, pour en faire son roman. « J’ai été pendant un mois au centre de La Havane, j’ai vu les joies et les tristesses sur les visages de passants, j’ai discuté avec des inconnus ; vivre La Havane le jour et la nuit afin d’affiner l’esthétique de l’ouvrage. J’ai parlé aussi des diverses religions et croyances de la spiritualité cubaine, entre le christianisme et les rites haïtiens, vodous et le Yorouba, la musique du Cango, les musulmans de Cuba j’en parle aussi dans le roman », a-t-il fait savoir. Le concept de la ville est capital dans l’œuvre de Gassouma, il indique que Cubaniya est un livre sur un voyage de temps et d’espace entre le passé et présent d’Alger et de La Havane. « La ville est un protagoniste, un personnage important dans la structure romanesque, la ville a une relation avec le comportement humain. Les villes sont des entités vivantes avec lesquelles on interagit émotionnellement. Il y a bien sûr des villes de seconde importance évoquées pour découvrir quelque chose ou pour présenter un personnage secondaire comme Santiago de Cuba, Trinidad ou encore Santa Clara qui a vu naître Che Guevara, mais Alger et La Havane ont été au cœur du roman, et on éprouve, tantôt de l’amour, tantôt de la haine pour les villes qu’on habite et qui nous habitent », a-t-il souligné.

Une grande charge émotionnelle

Avec, comme toile de fond, deux histoires d’amour, la première est celle de Doudja l’algéroise et la seconde, celle de Yuza la cubaine, l’auteur précise que ces deux dulcinées avec une troisième au nom de Syria sont l’incarnation de l’Algérie et de Cuba, à travers lesquelles moult questions sont posées, notamment sur le passé et le devenir des Révolutions des deux pays, prestigieuses et mémorables Révolutions du XXe siècle. « Je compare les Révolutions algériennes en 1954, et cubaine qui a connu son aboutissement en 1958 avec ces dites révolutions du printemps qui sont une marque fabriquée. Je m’interroge sur le devenir de ces révolutions, des interrogations non frontales, mais plutôt allégoriques. Des interrogations sur les Révolutions des deux pays avec un soubassement politique assez ardu, où je me pose des questions sur ce que la Révolution a enfanté, hommes ou bâtards ? et surtout de ce qu’on a fait de nos Révolutions », a-t-il indiqué. Porteur d’une grande charge émotionnelle, Cubaniya est un roman alléchant sur fond de salsa et de notes de chaâbi. Un livre où l’expression artistique et présente en force, tout en essayant de questionner le monde. « Il s’agit d’une fiction avec des outils de réalité, trois quarts de ma documentation s’est faite sur place à Cuba. Le rôle du récit est de rassembler toutes les couleurs, saveurs, mélodies et bruits de La Havane, pour en faire une histoire », a-t-il ajouté. En outre, le conférencier a indiqué que la réalité à La Havane est très administrée, du moment où l’on ne chante pas Guantanamera dans tous les coins de rue. L’auteur a écrit sur un vécu difficile de la capitale cubaine. « Il y a une formidable énergie chez le peuple cubain. En dépit des conditions de vie pas souvent favorables, on trouve, dans chaque quartier, une immense œuvre d’art, du street’art, les gens se battent pour parler sur les murs à travers les graffitis, beaucoup de gens écrivent même si l’édition est administrée, il y a une riche grammaire d’expression à travers la sculpture, la BD, la musique populaire », a-t-il lancé, avant de parler de la partie écrite sur El-Bahdja qui est assez ironique, selon lui. « J’oppose ceux qui ont fait la Révolution et ceux qui parlent d’elle et en son nom sans l’avoir fait. Je m’interroge sur cette étrange amnésie de la mémoire collective quand je déambule dans La Casbah et que je vois des sites historiques en ruine, je me dis que petit Omar et Ali la Pointe auraient rigolé de voir ce qu’est devenue la ville où ils ont rendu l’âme », a-t-il conclu. Kader Bentounès El Moudjahid

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